Tais-toi. J’appuie mon index sur tes lèvres. Je descends sur ton torse nu, poilu. Je passe mes mains tièdes dans ton dos et pose ma tête sur ton épaule droite, ta droite. Je te serre fort. Tu ne dis rien, tu restes là. Je compresse nos deux thorax, nos deux bassins, nos deux nombrils. Je parcours ton dos roux, doux. J’appuie encore. Je désaimante mes mains de ta peau et je me recule un peu, pour mieux te voir. Tu ne dis rien, tu restes là. Je glisse mes mains dans tes cheveux, je frôle tes joues avec mon nez. Je frôle ton nez. Tu souris. Je te tourne le dos.

À toi.

Fruit étrange

Trop rouge

Tu dégoulines

Ou je dégouline

Sur ton cou

Sur ton torse, encore

Comme ton goût s’évapore

Déjà.

Pressés.

J’ai tué la grenade après t’avoir quitté

Celle du sang et de la fécondité

Celle de tes doigts que je n’ai pas domptés comme chaque fois, les autres fois aux goûts acidulés

Les nombreux grains que tu as, plantés

Les nombreux grains que tu as plantés

Sur ton visage sont généreux et prennent la forme de rubis précieux

Quelle immensité, ce fruit que tu es

Tape sur le bois et raconte-moi des histoires de soleil. Je t’écouterai. Jusqu’au bout. Je ferai du feu la nuit, et l’eau, parfois, frôlera tes pieds. À la lueur des flammes on chantera comme des bêtes, comme des loups, comme des ours, comme des baleines. Tu verras. On encrera nos empreintes dans le sable froid, on finira par les effacer pour se retrouver.

Seuls.

Enfin.

Puis un jour, les oiseaux nous parleront. Tu verras comme c’est beau, un oiseau qui parle. On cassera les fruits pour leur lait, et on s’embrassera la bouche blanche.

Tape sur le bois et raconte-moi des histoires d’amour. Je t’écouterai.

Pour toujours.

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