Ciel encombré, des mouches en tombent

Savon à l’odeur de menthe alors qu’on n’a pas touché une plante depuis une éternité

On essaye d’effacer le passé mais on oublie que les beaux moments

Alors

Y a plus de feu dans nos maisons c’est des radiateurs, même au mois de juin

Décrépitude des mouettes mangeuses de plastique

Qu’est-ce qu’il reste de nous

Empaquetés

Ligotés par la bouche

Microscopés par le muscle du bras gauche

Conservés dans du formol

Nuit ensoleillée, des moustiques en trombe

J’ai pris un numéro pour faire la file vers la vie.

En attendant, je regardais les gens autour de moi qui soupiraient leurs âmes hors de leurs corps spongieux. Parfois je souriais en pensant au soleil brûlant de midi mais au contact de la moiteur de l’atmosphère je remarquai que mes pieds gelaient. Je les enclavai alors dans mes mains humides pour les y réchauffer. On se tournait vers moi en espérant saisir la situation.

Peu à peu mon corps se couvrait d’une couleur mauve, mon sang se glaçait. Je n’étais pas faite pour vivre. Je déchirai mon ticket et me trainai vers la sortie malgré la force des regards braqués sur ma peau, qui me retenaient, qui voulaient connaître la suite. Une fois sorti de la salle humide, le soleil ébouillanta mon épiderme. Je cru mourir mais je n’avais jamais été aussi vivante.

Je te bois. Je te bois. Je te bois. J’incline la tête comme pour voir ce bleu pâle qui s’allume comme dans tes yeux grâce au soleil. Je serre les dents contre le verre froid et la matière se brise comme moi quand tu me quittes. Je ferme les yeux pour déguster l’odeur de ton corps et je les rouvre lentement pour t’apercevoir sous mes cils. Je happe le glaçon qui ne fond pas tout de suite, qui me fait mal, qui choque, comme toi quand tu me hais. Je sirote le liquide au fond, au fond de nous, comme s’il n’y avait rien eu qu’une auréole brunâtre moitié sucrée moitié alcoolisée, qui nous résume si bien. On s’est bus.

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